Pêche : la CONAPED dénonce l’accès accordé à 5 navires industriels dans la zone démersale côtière

La Coalition nationale pour une pêche durable (CONAPED) critique vivement la décision du ministère des Pêches et de l’Économie maritime d’autoriser, à titre exceptionnel, cinq navires industriels à pêcher dans la zone démersale côtière.

Dans une déclaration publique, l’organisation dénonce l’arrêté ministériel n°30.04.2026*009965. Elle y voit une « violation du gel des licences en vigueur depuis 2006 » et une « menace directe pour la restauration des ressources halieutiques du pays ».

Un potentiel exploitable jugé mal utilisé
La CONAPED reproche au ministère de s’appuyer de manière sélective sur un potentiel exploitable de 2 921 tonnes estimé par le Centre de recherches océanographiques de Dakar-Thiaroye (CRODT). Selon la coalition, cette lecture ignore les réserves des scientifiques. Le CRODT avait pourtant prévenu que ces stocks cohabitent avec des espèces déjà en état de surexploitation avancée, et que toute exploitation devait s’accompagner de mesures strictes et d’un contrôle renforcé.

L’organisation alerte aussi sur l’usage du chalut de fond par ces navires. Elle estime que cette pratique va aggraver la situation d’espèces critiques comme le thiof, le poulpe et les crevettes côtières, en raison des captures accessoires non sélectives. Pour la CONAPED, cela va à l’encontre du principe de précaution et de la Charte pour une pêche durable.

Des doutes sur la gouvernance et la sécurité alimentaire
Sur le plan de la gouvernance, la coalition met en cause la composition de la Commission consultative d’attribution des licences (CCALP). Elle souligne un déséquilibre avec seulement trois représentants des professionnels face à neuf représentants de l’administration.

La CONAPED déplore également l’absence de quotas individuels par navire et l’absence de mécanismes automatiques de fermeture des pêcheries. Elle rejette par ailleurs l’argument de la sécurité alimentaire avancé pour justifier la décision. Les volumes visés seraient marginaux, et la consommation nationale repose historiquement sur les petits pélagiques, non sur les espèces démersales côtières.

La coalition réitère enfin ses inquiétudes concernant certains armements sous pavillon sénégalais, soupçonnés d’être contrôlés par des capitaux étrangers. Elle demande un audit transparent du pavillon national.

Face à ce qu’elle qualifie de recul démocratique et écologique, la CONAPED réclame le retrait immédiat de l’arrêté, le maintien strict du gel des licences et l’ouverture d’une concertation nationale sur l’avenir du secteur.

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