La politique est l’art de diriger la cité. Cette définition est connue de tous. Le droit en est la fondation, il organise la marche de l’État. La démocratie repose sur la séparation des pouvoirs, et les élections désignent ceux qui exercent le pouvoir sur la base d’un mandat confié par les citoyens. La loi encadre tout le jeu politique.
Mais dès qu’on parle de « jeu », le sérieux vacille. Or, dès qu’il y a des règles, la décence devrait s’en mêler. Les appétits et les ambitions créent de la confusion. Il revient donc aux règles d’être claires, et aux sanctions de s’appliquer, qu’elles soient positives pour les acteurs qui respectent le cadre, ou négatives pour les contrevenants.
Quand l’expertise juridique divise au lieu d’éclairer
Ici, il s’agit d’expertise juridique. Et les plus habilités à l’apporter sont les juristes. Pourtant, la mémoire collective garde le souvenir de controverses inabouties : recevabilité d’une candidature, troisième mandat, durée du mandat, rétroactivité, démission, suspension. Sur ces sujets, les débats entre juristes s’enlisent. Chacun s’abrite derrière ses références, ouvrant la porte à toutes les interprétations.
Résultat : l’espace public se remplit d’interventions venues de personnes peu outillées. À chaque événement, une partie des Sénégalais devient subitement expert en droit, en politique, en sport, en tout. Et quand vient le moment de se taire, faute de lumière, peu le font.
Une part de cette cacophonie revient aux juristes eux-mêmes. Quand le langage savant manque de précision, le citoyen se perd. Messieurs les agrégés des grandes facultés, accordez vos violons sur les mots. La crédibilité de votre parole auprès du peuple en dépend.
Citoyens, militants et politiciens : un triangle sous tension
Nous, citoyens devenus militants par conviction ou par intérêt, perdons parfois le contrôle. Les propos démesurés fusent, l’honorabilité d’honnêtes gens est attaquée au seul motif qu’ils ne sont pas de notre camp.
Les politiciens, eux, jouent de nos émotions avec un cynisme insupportable. La victimisation devient une stratégie pour capter la compassion. Le limogeage de l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko l’a montré : partisans comme adversaires oublient que le jeu politique doit se dérouler dans un cadre civilisé, avec un débat serein et éclairé.
Malheureusement, les occasions ne manquent pas d’entendre des attaques discourtoises contre le président Bassirou Diomaye Faye, accusé d’avoir « trahi le projet ». Pire, certains vont jusqu’à stigmatiser toute une communauté, les Sérères, en les traitant de traîtres.
À l’inverse, d’autres voient dans toute manœuvre contre Sonko une volonté d’écarter les Casamançais de la magistrature suprême. L’inculture des uns n’a d’égale que la courte mémoire des autres : Landing Savané et Robert Sagna, tous deux fils de la Casamance, se sont présentés à la présidentielle, respectivement trois fois et en 2007.
La dérive du registre ethnique et de la mystique en politique
La manipulation du registre régional et ethnique inquiète. Présenter le « balai des Casamançais » comme l’onction de la victoire de Diomaye est un signal dangereux.
Plus grave encore, la mystique s’invite publiquement en politique. Le « Terra Meeting » d’Ousmane Sonko, agrémenté par des femmes du bois sacré vêtues de noir, en est un exemple. Dans les grandes démocraties, le débat porte sur la vision, les arguments, les budgets, l’opérationnalité des programmes. Dommage qu’un énarque ramène la politique à son aspect théâtral, où la mystique lie l’aura à la bénédiction des ancêtres. C’est un signal de décadence rationnelle.
Et nous, dans tout ça ?
Nous sommes les votants, en attente d’élection. À chaque quinquennat, nous assistons à l’ascension sociale des politiciens, au nom du droit et de la loi.
Il est temps que le débat redevienne ce qu’il doit être : un échange d’idées, encadré par le droit, au service de la cité. Le Sénégal ne gagnera en stabilité que si les juristes clarifient, les politiciens respectent les règles, et les citoyens refusent la manipulation.






